Vous êtes ici dans un espace créé et géré par le site Garage de poche. Ces pages sont réservées aux internautes qui ont envie de faire découvrir leurs collections ou des modèles qu'ils trouvent dignes d'être contemplés sur le weeb. Alors si vous voulez, comme Wilfried, faire découvrir vos petites splendeurs, contactez-moi.

Wilfried, un collectionneur belge d’expression flamande, nous montre une partie de sa collection. Vous avez le choix de naviguer entre le néerlandais et le français. Il a un faible pour les voitures classiques des années cinquante et soixante. La Karmann Ghia est sa préférée. D’autres thèmes sont :
Salon de l'Auto, Auto-Sport, Musées Automobiles, etc… Il y en a qu’on aime à toutes les échelles !
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TEMOIGNAGES

Voici un mix d’histoires et d’anecdotes contemporaines et actuelles sur la Karmann qui m’ont touché. Elles ont été consignées par des témoins privilégiés, des auteurs talentueux et des propriétaires passionnés venant des quatre coins du monde :

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Dossier de presse 1955

La présentation initiale de la VW Karmann Ghia en 1955 paraît aujourd’hui assez désuète. C’est drôle de constater comment certains équipements de base sont qualifiés d’exceptionnels. Cette vue rétrospective a néanmoins le mérite de faire la lumière sur sa véritable vocation et ses principaux atouts :

Le Coupé Karmann-Ghia sur châssis Volkswagen

Le marché automobile révèle qu’il existe une catégorie d‘acheteurs toujours grandissante qui désire un Coupé certes exclusif par sa forme et son équipement, mais tout autant économe et facile à entretenir.

La fameuse CARROZZERIA GHIA de Turin en Italie a créé ce Coupé très élégant à 2 places individuellement réglables à l’avant et 2 places supplémentaires, que Karmann a construit de manière résolument solide, éprouvée à ce jour par plus de 25.000 Cabriolets VW.
 Grâce à la concession de l’usine Volkswagen, Karmann a pu utiliser le châssis de la VW Berline Export (Coccinelle). De ce fait, ceux qui conduisent ce modèle ont une voiture de luxe et de prestige, sans perdre les avantages de l’économie proverbiale de Volkswagen sur le plan de la consommation et des frais d’entretien. Par sa construction aérodynamique, le Coupé atteint une vitesse de croisière et de pointe de 115 km/h. Délibérément, on n’a pas voulu présenter une voiture d’allure sportive, mais plutôt un Coupé qui privilégie davantage l’aspect social par l’élégance de ses lignes et qui rencontre ainsi notamment les souhaits des dames autoconductrices.

Les lignes du Coupé Karmann-Ghia sont souples et gracieuses. La silhouette se conforme dans une large mesure aux lois de la résistance de l’air.
  Il va de soi qu’on ait attaché beaucoup de valeur à doter cette voiture haut de gamme d’un confort raffiné. Les sièges avant sont larges, moelleux et ajustables non seulement dans la longueur mais également dans la hauteur, ce qui est intéressant. Face à un « Coupé de ville » à deux places, le Coupé Karmann-Ghia offre deux places supplémentaires en caoutchouc mousse très confortables, permettant les déplacements occasionnels à quatre personnes. Le dos de la banquette arrière est rabattable, ce qui permet de doubler l’espace à bagages pourtant déjà appréciable. A l’avant se trouve un deuxième coffre à bagages, encore plus vaste. Le Coupé est livré au choix avec une sellerie en similicuir ou en tissu.
Les baies vitrées ont été élargies au maximum, pour offrir aux passagers une visibilité sous tous les angles. Le pare-brise et la vitre arrière sont galbées horizontalement et les vitres latérales verticalement. Les larges portières (1 m.) permettent de monter et descendre à l’aise. Les vitres latérales non encadrées serrent contre les joints en caoutchouc sans faire passer l’air. Les portières s’ouvrent dans le sens de la conduite et sont calées par un taquet. Des serrures à bouton-poussoir et des poignées fermes interdisent l’accès aux personnes non autorisées et les serrures intérieures excluent l‘ouverture fortuite des portes. Le réservoir à essence (40 l.), la roue de secours et le coffre à bagages (80 l.) à l’avant sont, tout comme le compartiment moteur à l’arrière, protégés par des crochets à tirage qui sont actionnés de l’intérieur.
Le tableau de bord dispose d’un tachymètre placé à côté d’une montre électrique de même taille, de commutateurs ronds, d’un panneau radio, d’un cendrier, d’une boîte à gants et d’une poignée pour le passager. La manette pour le clignotant est posée sous le volant à deux branches très maniable et branchée à un signal de contrôle tant auditif que visuel. Le fonctionnement du chauffage et des dégivreurs est identique à celui de la VW Berline Export (Coccinelle). L’intérieur est ventilé par les grilles d’aération du panneau avant, à travers des canaux et des bouches d’aération, toutes fenêtres fermées. Le système de ventilation est réglable avec précision à l’aide de boutons tournants. De robustes pare-chocs enveloppants protègent aussi les bords des ailes.

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La Coccinelle se fait princesse
Joss Beaumont - alias belmondo - a consacré un blog aux voitures anciennes, au cinéma, à la littérature et au doux parfum de la nostalgie spiritofsixties.canalblog.com. Le 06/12/2007, il passe en revue les faits qui ont marqué l’année 1958 :
 
En 1958, un seul mot d’ordre : faire du neuf avec du vieux. De Gaulle revient au pouvoir avec une constitution rafistolée à son image de sauveur déchu. La Vème République démarre sur un malentendu. Le message adressé aux Français d’Algérie (*) laissera des traces dans les mémoires. Certains mots font mal. La politique est décidément allergique à la transparence.
 
(*) Les mots historiques « Je vous ai compris ! » furent en effet interprétés par les Pieds-Noirs comme « Je vous hais, compris ? », selon l’humoriste Pierre Desproges [note de Wilfried].
 
Un jeune Oranais de 22 ans présente sa première collection de haute couture. Ce « Yves Saint Laurent » est prometteur, pourtant avec ses costumes cintrés et ses lunettes noires, il ressemble à un ingénieur des ponts et chaussées égaré dans un salon d’essayage. On l’imagine plus facilement travailler sur une table de calcul qu’une aiguille à la main.

Les enfants s’amusent avec le hula-hoop, un vulgaire cerceau qui est censé tournoyer autour de la taille. Les plus habiles réalisent des figures assez spectaculaires. Comme quoi, avec trois fois rien, les jeunes s’amusent. Louis Malle réalise « Ascenseur pour l’échafaud ». Il utilise les bonnes vieilles recettes du suspens haletant, grâce au trompettiste Miles Davis qui électrifie l’atmosphère.

Générique 

L’assurance automobile est désormais obligatoire pour tous les conducteurs de France. Juan Manuel Fangio doit rigoler. En 1958, il n’a même pas son permis de conduire et il est pourtant le plus grand pilote de tous les temps. Sa trajectoire est si pure, si naturelle que personne n’arrive à la copier. Il enfile les virages faisant corps avec sa monoplace. Sa renommée mondiale est telle que les révolutionnaires castristes décident de le séquestrer quelques heures pendant le Grand Prix de la Havane. Les rebelles n’osent pas le maltraiter. Ils sont presque intimidés par l’aura mystérieuse du champion. Sa nonchalance mystique est déroutante.
 
Boris Pasternak aura moins de chance. Il obtient le prix Nobel de littérature pour « Docteur Jivago » mais le refuse sous la pression des autorités russes. Le constructeur Volkswagen est confronté au même dilemme que ce docteur russe tiraillé entre une épouse légitime et une maîtresse désirable. Il faudrait redonner un peu de couleur à la Coccinelle, l’habiller de façon plus gracieuse. Et si elle était carrossée par un italien. L’alliance entre le savoir-faire industriel allemand et l’élégance transalpine.  
Un mariage de raison qui va donner la Karmann-Ghia : un coupé en 1955 et une version cabriolet en 1958. Les Américains seront les premiers séduits. Ils raffolent de découvrables faciles à vivre. Les publicités de l’époque vantent sa puissance accrue et sa boîte de vitesses entièrement synchronisée. Cette Coccinelle qui a revêtu l’habit de lumière est une promesse d’un monde meilleur. 

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Quoi de neuf, Pussycat ? (La pub DDB de 1966)

Il faut attendre les années soixante pour voir apparaître les annonces les plus inventives et divertissantes sur la VW Karmann Ghia. Les responsables de la campagne étaient Ned Doyle, Mac Dane et Bill Bernbach (les fondateurs de l’agence DDB de Manhattan). Ils ont inventé le concept « Pensez Petit » pour la Coccinelle et ne dédaignaient pas recourir à l’humour et à l’équivoque.

En 1965, Woody Allen fait ses débuts au cinéma, avec Peter Sellers, Peter O’Toole, Romy Schneider et Ursula Andress sur l’affiche. Le thème musical interprété par Tom Jones fait courir le nom de Pussycat sur toutes les lèvres et Volkswagen en tire profit en 1966. Ne mettez plus de tigre dans votre moteur : préférez Pussycat aux muscle cars, ou David contre Goliath. Une légende est née !

Volkswagen of America (VoA) a lancé bon nombre de slogans sur le leitmotiv Pussycat dans divers magazines (Road & Track, Newsweek, Time…) :

The Pussycat. King of the jungle.
The Pussycat. For people who are fed up with tigers.
The care and feeding of a Pussycat.
The Pussycat. It won’t eat you out of house and home.

Le Pussycat. Roi de la jungle.
 

Pour gagner ici, il faut plus que la force brute. Plus que la taille. Il faut un Pussycat.
Voyez-vous, s’il faut livrer un combat dans la jungle, le Pussycat (notre Karmann Ghia) vous offre le meilleur de deux mondes. Il pénètre dans le trafic et s’en sort comme une voiture de sport. Et il fait tout le reste comme une Volkswagen. Il économise comme une Volkswagen. (Faisant en moyenne 7 miles par litre, par exemple.) Il se gare comme une Volkswagen. (Il n’est que 8 cm plus large.) Et il se fait réparer comme une Volkswagen. (Rapidement, et à des prix VW.)
La seule chose pour ainsi dire qu’il ne fait pas comme une VW, c’est ressembler à une VW.
Personne n’aime un roi inélégant.

Le Pussycat. Pour ceux qui en ont marre des tigres.
 

Il y a un tas de voitures féroces qui circulent de nos jours. Si leurs noms ne vous coupent pas le souffle, regardez leurs prix. La Volkswagen Karmann Ghia est un autre type de voiture. C’est un Pussycat. Une sorte de tigre qu’on a apprivoisé. Il a été créé par un designer italien, réputé pour son style classique, mais est équipé d’un moteur Volkswagen, réputé pour son économie classique.
Il faut 185 ouvriers d’un atelier de carrosseries européen pour souder et façonner à la main la coque, mais un seul mécanicien Volkswagen n’importe où dans l’USA est capable de la démonter et de la réassembler.
Il roule à 80 miles par heure et prend les virages comme un bolide (chaque roue a une suspension indépendante). Et pourtant le moteur refroidi par air, qui se trouve à l’arrière, ne surchauffe ni ne gèle jamais et fait en moyenne 7 miles par litre.
Voilà notre histoire. Certaines voitures sont belles à voir et d’autres sont faites pour économiser.
Et puis il y a le Pussycat. La seule voiture qu’on peut choisir sans devoir faire un choix.

Les soins et l’alimentation d’un Pussycat.
 

La Volkswagen Karmann Ghia a seulement l’air d’une voiture de 5.000$, elle n’en a pas l’après-goût.
C’est un Pussycat. Sportive par-dessus, économe par-dessous.
Vous pouvez l’entretenir au même prix d’une VW Coccinelle.
Retenez seulement ces simples conseils.
Pour faire le plein, il ne faut pas s’arrêter à une pompe super. (Un Pussycat s’accommode à merveille de l’essence normale. A, disons, 10 cents le litre, 3$ suffisent pour franchir 300 miles.) Et à, disons, 50 cents pour 1 litre d’huile, la vidange ne coûte pas plus de 1,50$. (Il ne faut que 2 litres et demi.) Mettez l’eau hors de vos pensées et oubliez pour toujours de verser l’antigel. (Le moteur est refroidi par air, il ne peut bouillir ou geler.) En plus, un Pussycat est très aisé sur ses pneus. (Ce n’est qu’après 40.000 miles qu’il faut songer à les renouveler.) Et surtout, si quelque chose va mal, allez droit au concessionnaire Volkswagen et faites-le réparer à des prix Volkswagen. (Il contient les mêmes pièces mécaniques que la Coccinelle.)
Voilà notre Pussycat.
Il coûte moins de 2.500$, mais met tout le rituel d’achat d’une nouvelle voiture à l’envers.
La « bonne affaire » vient après coup.

Le Pussycat. Il ne dévorera pas vos biens et avoirs.
 

Une Karmann Ghia est un Pussycat.
Mi-beauté, mi-Volkswagen.
Sa carrosserie sportive est formée à la main, mais son châssis et son moteur sont identiques à ceux de notre Coccinelle bon marché.
Ainsi un Pussycat fait en moyenne 7 miles par litre, et il ne faut que 2,5 litres d’huile pour faire la vidange.
Et son moteur refroidi par air n’a pas besoin d’antigel.
Et si la mécanique devait se dérégler, cela vous coûtera ce qu’une VW coûterait pour la réparer.
En plus, les pneus peuvent faire environ 40.000 miles, même si vous aimez rouler à 80 miles par heure.
Bien sûr, nous savons qu’il existe des voitures aux noms sauvages qui iront plus vite que les nôtres, mais combien coûtera leur entretien après l’achat ?
Après l’achat d’un Pussycat, les coûts vont toujours baissant.

Mais ça ne s’arrête pas là. D’autres slogans existent encore :

The 1966 Pussycat. Only 14,927 in captivity. (Le Pussycat 1966. Seulement 14.927 en captivité.)
Pussycats go where tigers fear to tread. (Les Pussycats vont où les tigres n’osent pas passer.)
Maybe you don’t want to drive a wild horse, or a man-eating tiger, or a killer fish... maybe you want to drive a Pussycat.
(Peut-être vous ne désirez pas un cheval sauvage, ni un tigre féroce, ni un poisson tueur… peut-être vous désirez un Pussycat.)
Et ce doux surnom restait en vigueur jusqu’au millésime 1970 :
The mighty new 53 h.p. Pussycat (g-r-r-r-r-r-r)

Après avoir vanté initialement le savoir-faire, l’accent se déplace à la fin des années soixante vers la comparaison à de vraies sportives.


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Où étiez-vous en 1962?

Michel Barrette, humoriste et animateur québécois, est un inconditionnel de tout ce qui roule et un collectionneur avec un fort penchant pour tout ce qui lui évoque son bon vieux temps. Le 06/03/2012, il raconte sur « Autonet » (repris avec l’aimable autorisation de Marc Bouchard, rédacteur en chef) :

En tant que grand amateur des Volkswagen d’époque, et surtout ayant été fier conducteur d’une Beetle de 1966 payée 100 $ comme première voiture, j’étais bien sûr intéressé depuis longtemps par les coupés Karmann Ghia. En 1985, du haut de mon nouveau statut d’artiste, je me suis payé un bel exemplaire de seconde main orange, une couleur assez standard à cette époque. J’étais très fier de cette auto, « la Corvette des Volks», comme on l’appelait, et qui se donnait vaillamment avec ses quarante forces de moteur lui permettant d’atteindre la décoiffante vitesse de 75 miles à l’heure avec le pied droit au tapis. Je conserve d’épiques souvenirs avec cette auto.

Mon histoire la plus incroyable est celle qui m’est arrivée à son volant peu de temps après. Cette année-là, le 24 juin 1985, je redescendais d’Alma à Montréal (Canada) après un show. Il faisait nuit, la route était déserte. Comme je traversais le parc des Laurentides, avec le vent dans le dos, je réussis à atteindre la vitesse surprenante de 90 miles à l’heure, ce qui me fit crier victoire comme si je venais de battre un record à Bonneville ! Quand j’ai relevé les yeux du compteur, c’était pour m’apercevoir qu’un orignal me regardait au milieu de la chaussée. A cet endroit-là, la route longe un précipice haut de plusieurs dizaines de mètres à ma gauche. Devant moi, une masse de 900 livres court en direction de mes phares, je n’ai rien pu faire et j’ai frappé l’animal de plein fouet. Sa tête est passée à travers le pare-brise qui est tombé sur moi. Heureusement pour moi, une femelle, si c’était un mâle avec un grand panache, je me retrouvais en brochette. Le toit de la voiture s’est déformé sous le poids de l’animal et l’auto est allée finir sa course dans le fossé, heureusement, du coté droit de la route, ce qui m’a permis d’éviter une chute dans l’abîme à gauche. Contrairement au pauvre orignal ainsi qu’à mon auto, je m’en suis sorti indemne, par chance. Malgré cette péripétie, j’ai toujours eu le désir de continuer à conduire une Karmann Ghia.


Quelques années plus tard, je repère sur un site internet un superbe exemplaire en livrée bleu- turquoise avec sellerie en cuir blanc datant de 1962. Une telle combinaison de couleurs était pour le moins peu commune et donc la voiture m’intéressa rapidement. L’auto était à vendre en Arizona, elle était dans un état exceptionnel. Suite à quelques améliorations bien pensées, elle développait maintenant 130 chevaux au lieu des 45 poulains d’époque, mais elle conservait son look d’origine, mis à part de nouvelles roues (de bon goût, je dis ca pour rassurer les puristes) ainsi que quelques instruments permettant de se renseigner sur ce qui se passe à l’arrière, sous le capot moteur.

Les premières semaines après avoir reçu l’auto à Montréal, j’ai continué de l’utiliser avec ses plaques de Phoenix en Arizona. Un jour que j’étais sur le pont Champlain, deux motards de la police me font signe de m’arrêter. Ils viennent me voir à l’auto, me regardent et me reconnaissent. Je baisse ma vitre et l’un d’eux me demande : « Tu habites en Arizona, maintenant ? » Je lui réponds : « Eh bien oui, les impôts sont bien moins élevés là-bas ! » Ils ont ri et m’ont laissé aller. Cette voiture possède un grand capital de sympathie. Elle atteint sans peine les 180 km/heure et c’est amusant de constater que la plupart des personnes qui la croisent la prennent pour une ancienne Porsche ! Comme quoi le design allemand doit posséder quelque chose de distinctif…

  A son bord, je ne peux m’empêcher de penser que le poste de radio Blaupunkt d’origine a annoncé à son propriétaire des scoops d’époque, comme la mort de Marilyn Monroe par exemple. A son volant, la magie de la nostalgie opère à chaque fois et, lorsque je ferme la portière en montant dans l’auto, j’ai cinq ans et nous sommes en 1962. Alors maintenant, je vous repose la question : « Où étiez-vous en 1962 ? »

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Interview Georges Van Linthout

La Karmann de Georges Van Linthout, père spirituel de Lou Smog


Nous avons rencontré l’auteur de BD Georges Van Linthout (né en 1958) sur le chemin de Spa-Francorchamps. Il est Belge francophone, d’origine lointaine flamande et habite dans le vieux pays minier au bord de la Meuse, pas loin de la frontière hollandaise. Ses débuts dans le métier du dessin remontent à 1982. Tel père, tel fils et telle fille…

Q1 : Monsieur Van Linthout, en 1985 vous avez créé un héros de BD qui se déplace en Karmann Ghia. D’où est venue l’idée pour ces aventures ?
 
La Karmann-Ghia 1969 cabriolet de l’auteur en 1982.
 
Notez le rapprochement entre la photo et le dessin!
  
R1 : J'ai toujours eu le goût du polar et une certaine passion pour les vieilles voitures et les années 50. Le tout mélangé a donné le personnage de Lou Smog. La Karmann que je lui ai attribuée était la Karmann que je m'étais achetée avec le premier cachet touché chez Dupuis. J'avais repéré cette voiture et je m'étais promis de l'acheter un jour. J'ai donc dépensé le peu d'argent que j'avais gagné pour assouvir cette envie. Deux ans plus tard, faute de moyens pour la remettre en état, je l'ai revendue. Elle est partie, pour ce que j'en sais, à Anvers en 1984. Je pense qu'elle doit toujours exister et être restaurée. Faute de pouvoir la posséder, je l'ai dessinée… ça a un peu mis de baume à mon coeur meurtri !
 Q2 : Huit albums sont sortis, dont cinq en couleurs (de 1990 à 1993) et puis encore trois en noir et blanc (de 1998 à 2001). Était-ce un choix délibéré ou plutôt dicté par les circonstances ?

R2 : C'est clairement dicté par les circonstances. Les 5 albums couleurs sont sortis au Lombard après prépublication dans le journal « Tintin ». Plus tard, le Lombard a été racheté par un groupe financier et Lou Smog n'a pas survécu longtemps. La mentalité avait changé, la rentabilité immédiate devenait la norme. Je suis passé à autre chose. Je dois avouer que je n'ai pas beaucoup défendu le personnage de Lou Smog, j'ai réalisé d'autres BD.  Mais beaucoup de lecteurs restaient sur leur faim. Encore maintenant, plus de 20 ans plus tard, on me le réclame sans cesse. Les albums noir et blanc sont sortis chez des petits éditeurs sous forme de collector. En néerlandais, toutes les histoires courtes sont éditées.  Je ne serais pas contre le fait de reprendre la série un jour, mais il faut encore que je trouve un éditeur intéressé.

Q3 :
La moitié des albums (tomes 1, 2, 4 et 5) racontent une histoire complète de 46 planches ; les autres compilent des histoires courtes de 6 à 16 planches. Comment s’explique cette cadence ?

R3 : J'ai commencé par publier des histoires courtes de Lou Smog dans le journal Tintin, c'était la politique à l'époque. Ça permettait de se faire la main. D'ailleurs, on voit que le dessin « bouge » beaucoup, que je cherche graphiquement des solutions. Quand j'ai réalisé le premier album, je tenais à faire également une sélection d'histoires courtes à sortir en album. C'est ainsi que le troisième album est un recueil d'histoires courtes. Ensuite, j'ai accepté de publier des albums noir et blanc reprenant ces histoires courtes chez « Point Image ». Peter Bonte, du côté flamand a réédité l'entièreté des aventures de Lou Smog en noir et blanc. Il est le seul pour lequel j'ai accepté de rééditer l'histoire « K.O. sur les docks » qui était parue dans un numéro Spécial Sport.

Q4 :
Ces histoires sont-elles d’abord toutes parues en épisodes dans « Tintin, le journal des  jeunes de 7 à 77 ans » (devenu plus tard « Hello Bédé ») ?

R4 : Oui, tout a été intégralement prépublié et également replacé en Allemagne, en Russie, en Yougoslavie… Je n'ai d'ailleurs jamais touché de droits pour la Yougoslavie. C'était l'avantage d'être publié en journal, on pouvait avoir des replacements un peu partout.

Q5 :
Qui a prêté ses traits au personnage principal ? En effet, l’intérieur de couverture des tomes 4 et 5 de la version en français contient des clichés en noir et blanc...

R5 : Au départ, je ne me suis inspiré de personne pour créer le personnage de Lou Smog. Plus tard, lorsque j'ai modifié les pages de garde, j'ai voulu donner un côté authentique à Lou Smog, lui créer une vraie vie… un peu comme pour Blueberry (avec les traits de l’acteur Jean-Paul Belmondo, ndlr). C'est donc mon frère Vincent qui a posé pour les photos. Lou et Lefty enfants sont deux cousins de ma mère. Celui qui « est » Lefty est devenu curé ! Le commissariat est l'ancien commissariat de Verviers qui avait une chouette gueule de quartier pourri.

Q6 : Le « beau brun » Lou Smog est « un flic du style obstiné » qui ne se prend pas trop au sérieux et qui forme un duo avec le rouquin irlandais  Lefty O’Farell. Quelle « recette » est à la base de leurs caractères ?

R6 : En fait, ce sont un peu des archétypes de la BD. On peut y voir, sans que je l'aie voulu au départ, une ressemblance avec Bob Morane et Bill Ballantine (créés par Henri Vernes et adaptés en bd, ndlr). En gros, c'est le binôme classique du héros et de son faire-valoir. Le faire-valoir amène la fantaisie, voire le gag. Lefty est brut de décoffrage. Le héros est plus monolithique. Encore que Lou Smog ne manquait pas de fantaisie, mais c'est le plus sérieux des deux.

Q7 :
Certains personnages sont des stéréotypes : le chef colérique (captain Kramer), les shérifs incompétents (Billings, Grüber), les femmes fatales (miss Arenas, Sam Tidball) …

R7 : J'aime bien utiliser les clichés. Je joue avec ça et j'y apporte ma touche personnelle. C'est vrai que mes shérifs sont souvent incompétents et même corrompus. Un ami psychologue m'avait fait remarquer que mes policiers étaient souvent du côté des « mauvais ». Les femmes sont souvent des pièges… il faut bien que le héros ait quelques faiblesses ! Il y a quand même Mandy et la journaliste Tania Lockwood qui ne laissent pas Lou Smog indifférent.

Q8 : Les dialogues sont pleins de plaisanteries. Ainsi, quand Lefty éternue dans la voiture, Lou lui somme d’épargner le pare-brise parce qu’il n’a pas « l’option essuie-glace intérieur ». Ou la scène où il propose à la charmante journaliste Tania Lockwood de jouer au docteur. « Elémentaire, mon cher Watson » ?

Lou Smog fait la cour à la journaliste Tania.

R8 : Je ne conçois pas une histoire sans humour. Les dialogues sont un de mes exercices préférés. J'aime les métaphores hasardeuses comme : « Il a autant de cholestérol qu'une tranche de lard ». C'était ma façon d'amener une originalité à la série, de trouver des dialogues « parlés ». En fait je parle comme ça.
Q9 :  Les digressions où Lou Smog évoque son énigmatique oncle Ernie traversent comme un fil rouge les albums. Quelle est la fonction de ce monologue intérieur ?

R9 : C'est une façon de sortir du dialogue proprement dit et d'éviter la description plate du cartouche narratif. J'ai inventé l'oncle Ernie pour permettre d'entrer un peu dans la tête de Lou Smog. D'un point de vue littéraire, ça me permet de placer des états d'âme autrement que par le dessin, mais en restant sur le registre de l'humour. C'est aussi assez typiquement polar. Et surtout, ça m'amuse, c'est la meilleure raison !

Q10 : Les histoires se déroulent dans les USA des années 50. Quelle est la part du réalisme et de l’imaginaire dans les décors des albums ?

R10 : J'ai toujours utilisé beaucoup de documentation. J'ai notamment les albums photos d'une tante de ma femme qui a épousé un lieutenant G.I. Et qui a vécu aux Etats-Unis pendant trente ans. C'est très précieux parce que ce sont des photos personnelles. Beaucoup datent des années 50, début 60. Les intérieurs, les voitures, les pick-up qu'ils utilisaient pour leur métier… on est dans l'authentique. Cependant, parfois je joue avec la réalité, on est dans la BD, on peut se permettre des écarts ! Mais je dois reconnaître que c'est assez rare, j'aime trop les années 50 pour aller voir ailleurs. La Karmann qui m'a inspiré date de 1969, on peut donc dire qu'elle est anachronique dans l'histoire, mais bon… c'est de la BD !

Q11 : Les cabanes sur le quai du port avec les filets de pêche, la projection des phares sur la route pendant la nuit, etc. ça crée d’emblée une atmosphère. Quel univers évoquez-vous ?

R11 :
Au départ on est dans du polar, même si c'est une BD tout public. Je privilégie toujours l'atmosphère dans tout ce que je dessine ou écris. La nuit est propice à poser une atmosphère, elle permet de ne pas tout montrer mais de faire ressentir le danger, le mystère… Les décors servent à bien poser l'action dès le départ. Toute l'histoire est déjà dans les premiers décors, tout est posé d'entrée de jeu. Il y a des choses que nous ressentons tous d'emblée, c'est ce qu'on appelle l'imaginaire collectif. Je joue avec ça.

Q12 : Et voilà que surgit le héros dans sa Karmann Ghia, tout de suite en bas de la deuxième planche ! Est-ce vraiment une « bagnole de bonne femme » ? La météo et le terrain la mettent pourtant à rude épreuve…

R12 : C'était plutôt une petite voiture féminine. C'est ce qu'on en disait. Moi j'ai utilisé le terme parce que deux flics américains dans une petite Karmann, ça dénote par rapport au contexte des grosses bagnoles de l'époque. Je pense avoir dit dans une des histoires courtes qu'elle avait été un peu « arrangée » par un ami. Il fallait quand même qu'elle puisse se mesurer à des grosses voitures, tenir dans une poursuite et affronter des terrains déglingués. Mais là aussi c'est de la BD.

Q13 : A plusieurs reprises, la voiture est qualifiée de  « suppositoire  décapotable », de « baignoire pour gnome sous-alimenté », ou encore « d’œuf sur le plat ». Qu’est-ce qui lui vaut ces comparaisons peu flatteuses ?


R13 : C'est le point de vue de Lefty ! Il s'y sent à l'étroit et ne la trouve pas hyper confortable. On imagine plutôt Lefty au volant d'une Buick Roadmaster, d'une Oldsmobile, bref des voitures typiquement américaines. Il râle et joue son rôle,  ça me permet des dialogues comme je les aime. Pour l'oeuf sur le plat, ça vient d'une réflexion que je m'étais faite devant ma Karmann. Si ça avait été un coupé, j'aurais pu peindre le toit en jaune et la caisse en blanc… comme un œuf sur le plat.

Q14 :
Si vous avez possédé une Karmann, quand et comment êtes-vous tombé dessus ?

R14 : Oui, j'en ai possédé une. Je l'avais repérée au début de mon mariage à Verviers. J'étais fauché, mais je m'étais promis de la suivre et de l'acheter si un jour elle était à vendre. J'ai vendu mes premières planches chez Spirou, et la voiture a été à vendre… J'ai pris l'argent de mon premier cachet et je me la suis offerte. Je faisais preuve d'une grande maturité, j'avais un petit bébé, et on était fauchés comme les blés… Mais bon, c'était une Karmann et ma femme est très compréhensive !

Q15: De quel millésime et quelles en étaient les spécifications ?

R15 : Elle était de 1969. Un cabriolet. Une version américaine : les pare-chocs et les feux arrière en témoignent. Je ne connais pas son histoire. Quand je l'ai achetée, elle n'était pas un ancêtre malgré son look. Elle n'avait « que » 13 ans, mais elle était très belle.

Q 16: Elle vous a rendu de fidèles services et procuré des moments agréables ?

Lors d’une manifestation du Karmann club de Belgique en 1992.

R16 : J'ai très peu, vraiment très peu roulé avec. Je l'avais achetée pour la remettre en état. Mais comme je l'ai dit, j'étais fauché, et la remise en état nécessitait des finances que je n'avais pas. Le bonheur était quand même là quand je montais dedans pour la sortir du garage, démonter, la montrer à mon gamin, et malgré tout rouler un peu avec… sans immatriculation. C'est parce que je n'ai pas pu aller au bout de mon rêve que je l'ai dessinée et que j'ai eu du plaisir à le faire.

Q17 : Qu’en est-il devenu ?

R17 : Elle a été rachetée en 1984 par un collectionneur de Anvers. Elle était au garage chez un ami carrossier-mécanicien à Aubel. J'ai dû m'en séparer. Plutôt que de prendre l'argent, je suis reparti avec une Renault 4 CV de 1953.

Q18 : Sur le dos de couverture vous posez devant une Studebaker Champion et dans « Carrera Panamericana » Lou Smog conduit une Chevrolet. Vous êtes passionné de voitures anciennes ?

Le hanger au verso des albums de Lou Smog.

R18 : La photo a été prise dans d'énormes hangars du côté de Wavre, où un collectionneur avait rangé des dizaines de voitures. Il avait également aménagé des boxes outillés pour les restaurer. « Carrera » est le seul album où Lou Smog ne conduit pas de Karmann. J'ai dessiné la Chevrolet pour les besoins de la course. J'ai toujours été amateur de voitures anciennes. J'ai un oncle qui possède entre autres deux coach DB Panhard HBR5 (Deutsch-Bonnet 1954-1959, ndlr) dont une super rallye qui est pratiquement entièrement restaurée. On se réjouit de la voir rouler. Moi, j'ai toujours regretté de ne pas avoir étudié la mécanique.

Q19 : L’aviation est un autre thème qui vous semble cher. Les tomes 2 et 3 s’ouvrent sur une case avec un Dakota. Dans le tome 5, des avions de chasse entrent en action. Peut-être un clin d’œil à Buck Danny ?

R19 : Oui, de la même façon que les automobiles anciennes, je préfère les avions anciens. Un clin d'oeil à Buck Danny, évidemment. J'ai voulu faire rencontrer Buck Danny et Lou Smog, mais l'éditeur n'a pas voulu me laisser faire, sous prétexte que ça décrédibilisait le personnage, qu'il devenait du coup moins réel !!! Bon, un rendez-vous raté !

Q20 : Une planche entière est faite en hommage à Milton Caniff, maître du noir et blanc, créateur de Steve Canyon et de nombreuses pin-up. Quelles sont vos affinités ?
Hommage à Milton Caniff (1907-1988).
La première planche de “Carrera Panamericana”.

R20 : Milton Caniff est un de mes maîtres. J'ai regardé, étudié, lu, décortiqué tout son travail de noir et blanc. Hubinon (auteur de Buck Danny) et Pratt (Corto Maltese) viennent directement de lui. Il a vraiment inventé des procédés. Quand on lit les histoires courtes de Lou Smog, on voit celles où je m'inspirais des BD de Milton Caniff. Notamment l'histoire « Le facteur de l'au-delà ». La planche dédiée à Milton Caniff reprend le Dakota, un avion qu'il a dessiné et que j'aime particulièrement.

Q21 :
Après 30 ans, la série « Lou Smog » rencontre toujours un vif succès et en 2010, les albums ont été réédités avec de nouvelles couvertures en Flandre. Pourquoi la série a-t-elle été arrêtée ?

R21 :
Disons que la série reste toujours dans le coeur de pas mal de lecteurs… et dans le mien aussi. Beaucoup de gens m'identifient toujours à cette série alors que j'ai dessiné plus de 35 autres albums. À l'époque, elle a été arrêtée pour plusieurs raisons, notamment le fait que la maison d'édition avait été revendue à un groupe financier et que les nouveaux arrivants avaient d'autres envies éditoriales. Si Lou Smog s'était vendu à 200.000 exemplaires, on l'aurait continuée, mais on était loin de ça, même si les chiffres feraient rêver maintenant. Je n'ai pas vraiment défendu la série parce que je suis passé à autre chose rapidement, mais Lou Smog reste quand même MA série. Je la réalisais seul et j'aimais ça. En Flandre, on l'a rééditée chez Peter Bonte. Je me suis amusé à réaliser de nouvelles couvertures. C'est une série qui aurait pu continuer, mais bon, en même temps, je n'aurais pas fait tout ce que j'ai fait depuis.

Q22 :
Ne reste-t-il pas quelques planches inédites? Ou n’ envisagez-vous pas une reprise de la série ?

R22 :
En néerlandais, tout a été publié. En français, l'histoire courte « K.O. sur les docks » n'a pas été reprise en album. C'est moi qui ne voulais pas ; je considérais qu'elle avait été réalisée tellement vite qu'elle ne méritait pas de ressortir. Les Flamands ont su me persuader !

Q23 :
Les planches de « Lou Smog »  ont été revendues en Allemagne. Dans combien de langues sont-elles parues ? N’y a-t-il pas des nuances qui risquent de se perdre dans la traduction ?

R23 : Oui, en allemand, en yougoslave, je pense en espagnol pour certaines histoires, je ne suis pas sûr. En fait je ne sais pas dans combien de pays la série a déjà été replacée, on n'était pas toujours au courant. Il y avait des émirats arabes, toutes sortes de pays où c'est difficile de contrôler. En Russie, le premier album a été revendu en français. Ce qui paraissait dans le journal était souvent replacé. En album c'était plus compliqué. Il m'est difficile de juger de la traduction, je ne parle pas suffisamment le néerlandais ou d'autres langues pour le faire. Je pense qu'il y a eu quelques erreurs, mais l'esprit a dû être gardé si les lecteurs ont apprécié… du moins j'imagine.

Q24 :
D’autres séries ont suivi : « Falkenberg », « Les enquêtes Scapola » et « Twins ». Elles s’inscrivent toutes dans le genre du suspense. C’est votre « marque déposée », le style qui vous convient le mieux ?

R24 :
Oui, clairement. J'adore écrire des histoires à suspense comme « Scapola ». C'est une mécanique qu'il faut maîtriser. La moindre erreur détruit toute l'histoire. J'adore les histoires avec plusieurs énigmes. Les enquêtes menées dans « Scapola » pourraient tenir sur de la BD réaliste sans problème. J'aimais bien le contexte religieux. Après, ça a été beaucoup utilisé.

Q25 :
L’année 2001 semble marquer un tournant. Vous êtes alors passé au roman graphique en noir et blanc. Qu’est-ce qui vous attire dans ce mode d’expression plus complexe ? Et quel accueil lui réserve le public ?

R25 :
Le noir et blanc est une envie que j'ai toujours eue. Il se fait que le format privilégié est le one-shot. Ce format me convient très bien. Pour moi qui aime travailler les atmosphères, la technique du lavis noir et blanc est idéale. La grosse pagination est aussi un plaisir. On a le temps de développer des personnages. Le one-shot permet d'aller au bout des personnages, de leur psychologie. Commercialement, noir et blanc en one-shot, c'est plus compliqué. Il n'y a pas de deuxième ou troisième album pour tirer les autres. Les tirages et les ventes sont plus faibles et imposer ce travail est de plus en plus difficile… c'est la loi du chiffre.

Q26 :
Votre production récente est moins connue dans les pays néerlandophones. « Sur les quais », l’adaptation en 2008 du roman « On the Waterfront » de Budd Schulberg (porté à l’écran avec Marlon Brando),  a toutefois été traduit et a reçu de bonnes critiques. Quel sujet aborde ce drame social ?


R26 : Malheureusement, depuis quelques années, on ne traduit plus systématiquement les albums en néerlandais. C'est une politique qui est apparue avec le rachat des maisons belges par des groupes français. Je le déplore. « Aan de waterkant » a été bien reçu en Flandre. Il abordait le thème des syndicats des dockers sur les quais de Hoboken, New-Jersey. Un docker va dénoncer les pratiques mafieuses de ce syndicat, et le payer cher. Quand Elia Kazan a réalisé le film (un peu différent du livre), il justifiait ainsi le fait d'avoir dénoncé des gens lors des procès maccarthistes. Quand on m'a proposé d'adapter un roman, j'ai tout de suite pensé à celui-là. Il entrait totalement dans ce qui me passionne. C'est un univers qui me convient parfaitement. Il y a du social, du polar, du roman noir.

Q27 : L’intérêt que vous portez à la musique blues et rock est aussi une constante, comme l’attestent : « Conquistador » (sur la vie du guitariste Bud Leroy), « Gene Vincent » (Be-Bop-A-Lula), « T-Bone Walker » (Stormy Monday) et « Mojo » (sur le guitariste Slim Whitemoon). Est-ce une vocation ratée ?

R27 : Pas une vocation ratée, mais un goût certain pour la musique. J'ai joué dans un groupe et monter sur scène reste quelque chose de très particulier et inégalable… surtout pour draguer après le concert ! J'adore le blues et le rock'n roll. Si j'avais été un bon musicien, je n'aurais pas fait de la BD. Mais la BD me permet de rattraper le coup et de rester un peu dans la musique!

Q28 : Quels titres des « one-shot » que vous avez réalisés – le plus souvent en collaboration avec les scénaristes Yves Leclercq ou Rodolphe - existent en néerlandais ?

R28 : Je pense que seul « Sur les quais » est sorti en néerlandais. Maintenant, il suffit de demander une autorisation pour pouvoir éditer les autres. La maison d'édition ne le fait pas elle-même, elle cède les droits.

Q29 : On oppose souvent “l’école Tintin” (ligne claire de Hergé) à “l’école Spirou” (ligne sombre de Franquin). Où vous positionnez-vous?

The Spirit, par Will Eisner (1917-2005).

R29 : Entre les deux. J'ai travaillé pour le journal Tintin, je suis certainement plus proche de la ligne Hergé pour ce qui est de la BD « classique ». Quand je vais vers l'humour ou le dessin semi-réaliste, je pourrais plutôt me situer dans le voisinage modeste de Tillieux (créateur de Gil Jourdan). Ce sera à voir dans la série que je commence chez Paquet dans la collection « Calandre ». Pour les one-shot, là c'est difficile à dire. Mais ma référence absolue serait Will Eisner (qui a lancé The Spirit de 1940 à 1952, ndlr). C'est dans les one-shot que je considère que mon dessin est le plus personnel.

Q30 : Vous ne faites pas que de la bande dessinée, mais aussi de l’illustration pour des marques d’automobiles, dans des revues anglaises et des gags pour le magazine Touring-Secours, sous le pseudo « geo ». La bd a du potentiel comme medium pour la communication ?

R30 : Oui, certainement. J'ai travaillé plusieurs années pour le journal Touring avec Didgé. C'est nous qui avions proposé cette série. Le journal avait un très gros tirage, c'est ce qui nous a poussé à les contacter. Pour Mercedes, c'est eux qui m'ont contacté, un peu par hasard. Un des responsables avait le même nom que moi, et c'est ainsi que le projet est né, une rencontre fortuite et qui m'a laissé de très très bons souvenirs. J'ai travaillé avec des gens très respectueux de mon boulot, désireux de créer quelque chose d'amusant, et qui avait vraiment une belle énergie. On a travaillé deux ans ensemble et on s'est vraiment bien amusés. Ma fille (Alice) bossait avec moi pour les couleurs. Maintenant elle réalise son premier album.

Q31 : Qu’est-ce que vous aimeriez encore ajouter ?

R31 : Je crois que j'ai été très long, déjà. Peut-être un conseil de lecture sur un de mes albums : « Braquages et bras cassés » que j'ai réalisé avec mon fils (pseudo "Benjamin Fischer") au scénario. Belle expérience qui s'est renouvelée avec un album qui sortira en septembre en collaboration avec Amnesty International. Et pour finir, un gros clin d'oeil de Lou Smog qu'on reverra peut-être une jour… Qui sait ?

Monsieur Van Linthout, merci de nous avoir accordé cet entretien.

(Propos recueillis par Wilfried, le 28 juin 2015.)

Blog Georges Van Linthout.

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2 commentaires:

Hugues a dit…

Bonjour,
Je suis intéressé par les améliorations possibles afin de pousser un peu la Pussycat ! Je viens d'acquérir une Karmann Ghia de 1969 cabriolet et je suis d'accord avec vous, la puissance n'est pas au rendez-vous.
Et avez vous un bon garagiste pour ce type de voiture du coté de Paris ?
Merci !
Hugues@saint-perier.org

Wilfried a dit…

CAR-AL (spécialisé dans l'électro-carburation)
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+ en principe, chez toutes les bonnes adresses de VW refroidies par air

pour plus d’infos :
http://forumkarmannghia.forum-actif.net/f8-adresses-bons-plans

cordialement